vendredi 14 octobre 2016

How are you ?

Bonjour, 

En première année de prépa, au lycée Pothier, à Orléans, en 1997, j'ai commencé l'année sur les chapeaux de roue. Je me souviens de l'application que j'ai mis à travailler dès les premiers jours dans la classe de MPSI 2 de Damien Millet "les Maths, c'est beau".

Je me souviens de ses premiers conseils 
Votre salut passe par la connaissance du cours... et par la recherche des exercices

J'ai travaillé régulièrement. Je me souviens des premiers mercredi après-midi passés entièrement à tout apprendre. 

Même les premiers devoirs sont sont plutôt bien passés. J'étais 16e de la classe. Je dis "plutôt bien" parce que je ne m'en suis rendu compte que beaucoup plus tard, pendant l'année de sup où c'est devenu plus difficile de me mettre au travail les résultats ont un peu baissé. Lors de mon entrée "ric rac" en spé étoile, avec le même niveau d'engagement et de travail, je me suis mis à avoir 4,5/20 et à me retrouver parmi les 10 derniers de la classe. 

C'est seulement beaucoup plus tard, quand je me suis mis à repenser à cette période de ma vie et à témoigner pour d'autres, que je me suis rendu compte que 16e de la classe, c'était plus que "plutôt bien". A l'époque, je me souviens seulement que je n'avais pas la "moyenne". Je n'avais pas "10/20" et ça ne m'étais jamais arrivé. La moyenne de la classe, de l'ordre de 8,5/20 aurait dû me mettre la puce à l'oreille. 

Mais quand on est exigeant avec soi-même comme je le suis ou je l'étais, les autres, ça ne compte pas vraiment. Sauf quand ils passent devant peut-être. Quand il y en a 40 devant, comme c'est devenu le cas en spé PSI* l'année suivante. 

Par contre, c'est toutes ces années plus tard seulement, que j'invite les personnes que j'accompagne, et rétrospectivement l'élève que j'étais, à ne plus seulement regarder les élèves devant soi mais également ceux qui sont derrière. 

Quand j'ai formulé que "j'étais dans les 10 derniers" c'est ma nouvelle formulation. A l'époque je ne voyais que les 40 qui étaient devant. Même en sup, même 16e, ce que j'ai commencé par voir, ce sont les 15 qui étaient devant moi. 

Et encore, je n'ai pas l'esprit de compétition très développé donc ce n'est même pas ce qui me gênait. Ce qui me gênait c'est que si je n'avais pas la moyenne, alors c'était que probablement, je n'avais pas "bien travaillé". Soit pas bien, soit pas assez. Dans tous les cas, il fallait faire "plus" ou faire "mieux". Voire même, il fallait être différent : il aurait fallu être plus intelligent ou avoir choisi une filière d'étude mieux adaptée à mes - petites ? - capacités intellectuelles ou de travail. 

En fait, ce ressenti négatif était amplifié par les commentaires des professeurs. Des commentaires classiques et "généralisant" pour toute la classe : "Vous ne travaillez pas assez". Ma fille de huit ans a vécu de la même manière les commentaires de son institutrice de CE1 l'année dernière. Des commentaires qui s'adressent aux autres, parce qu'ils sont adressés à toute la classe dans son ensemble, touche bien plus les élèves consciencieux qui font déjà le nécessaire, que ceux, déjà un peu indifférents, qui pourraient peut-être se sentir visés. 


Je me souviens de cette rentrée de sup qui s'était plutôt bien passée. L'année précédente j'étais parti à la Toussaint en Irlande avec l'échange du lycée pour la ville de Newry et j'ai choisi, en maths sup, d'y retourner avec ma soeur dans ma famille d'accueil.

La veille du retour, à la fin de la journée, dans une scène que je revois au soleil couchant sur la campagne verte et rocailleuse de l'Irlande, je me suis demandé ce que je faisais de ma vie à faire autant de maths. 

Cette question ne m'a plus jamais quittée. J'ai lutté contre. J'ai travaillé. J'ai insisté. J'ai fait une spé étoile. Une deuxième spé étoile. J'ai passé l'X et Polytechnique. J'ai eu 3,5 au TIPE la première année, 15,75 l'année suivante. Je me suis acharné en école d'ingénieur pour aller au bout. J'ai même travaillé pour valoriser mon diplôme... Je me pose toujours cette question de l'intérêt de passer ses journées entières à faire des maths ou de l'informatique. 

J'avoue que je n'ai toujours pas trouvé la réponse. De fait, depuis 2008, je ne travaille plus sur des machines mais avec des gens, sauf quand je fais une parenthèse pour vous écrire ces quelques lignes. 

Quelle conclusion en tirer ? 

Ne pas partir en Irlande aux vacances de la Toussaint de Sup ?
Savoir choisir une orientation qui correspond à vos envies profondes pour que les efforts que vous allez faire pendant les 2, 3, 6 prochaines années vous emmènent au bon endroit...


Sachez que je pense à vous et que je vous souhaite bon courage !

Gabriel Brabant

 

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