dimanche 4 juin 2017

Si vous êtes doué, ne faites pas les classes prépas

Bonjour,

Il y a vingt ans, j'ai fait des dossiers pour les classes prépas. Dossier de candidature et lettre de motivation manuscrite pour Sainte Geneviève "Ginette" à Versailles, dossiers papiers pour les classes prépas du lycée Pothier à Orléans : aussi bien maths sup MPSI que prépas ECS pour les écoles de commerce et même hypokhâgne, pourquoi pas !

Autour de moi, il y avait une belle-soeur passée par Ginette avant de bifurquer vers l'ISEP en deuxième année et ses amis qui avaient intégré Centrale Paris et pour qui cela semblait simple. Il y avait également l'ami de mon frère qui me disait de lire Le Monde tous les jours pour faire Polytechnique depuis que j'étais en seconde. 

Mon goût pour la philo ne comptait pas : il fallait faire des maths. Il fallait même faire Ingénieur. Il fallait faire ingénieur parce que "le commercial est toujours le trou du c.. d'un ingénieur". C'était peut-être vrai dans une entreprise technologique américaine. Aujourd'hui je dirais que le monde est quand même mené par le bout du nez par un trou du c.. de commercial...

Vingt ans plus tard, je ne trouve pas ma place en entreprise en tant que salarié. J'ai quand même de la chance, douze ans après mon premier coaching, dix ans après mes premières journées de formation à l'analyse transactionnelle, je commence à trouver des réponses comme dans cet article que l'on peut trouver sur le Huffington Post ou retrouver sur Positivr : 



Si la vie en entreprise et la situation de salarié est difficile pour un surdoué du fait de toutes les raisons qui sont mentionné dans cet article, la vie en prépa l'est tout autant. 

  1. C'est très difficile pour un surdoué de ne se concentrer que sur un ou deux sujets (bon, disons trois-quatre) pendant toute la journée.

    Toutes ces années plus tard, la situation qui me convient bien c'est celle que l'on peut voir désormais décrite comme "slasheur" (du / "slash" en anglais) : père de famille / animateur de sessions de coaching de groupe pour la recherche d'emploi le matin / prof de maths l'après-midi / coach d'élèves en classes prépas en rendez-vous individuels à distance le soir / jardinier-maraîcher le week-end...

    Alors passer mes journées, mes soirées, mes nuits puis mes week-ends à bosser invariablement des maths, de la physique et éventuellement un peu de SI avant de recommencer, autant dire que c'était non seulement une torture mais littéralement impossible. 

    On part donc avec un handicap majeur par rapport à ceux qui peuvent le faire sans états d'âme.

  2. C'est très difficile pour un surdoué de supporter la remise en cause de notes beaucoup trop basses par rapport aux efforts faits et à l'investissement.

    Ça conduit la plupart des élèves à essayer de travailler autrement que la seule manière qui fonctionne : la leur. C'est le cœur de mon accompagnement. Que ce pour travailler beaucoup ou énormément, une seule chose est sûre : il n'y a pas d'autre manière de travailler, de réfléchir et de mémoriser que la nôtre. Il n'y a pas d'autre manière de chercher un exercice de maths pour en trouver la solution que la nôtre. Il n'y a pas d'autre rythme ou "vitesse" que le nôtre.

    On peut bien essayer de se convaincre "d'aller plus vite" ça ne marchera pas.

    Très prompt à la remise en cause, l'élève surdoué peut s'effondrer à force de chercher à "bien faire" de toutes les manières possibles sauf celle qui marche pour lui - et pour personne d'autre ! 

  3. Les surdoués sont souvent intuitifs et créatifs dans les solutions qu'ils trouvent.

    Le problème de l'intuition du résultat - le fameux "Eurêka" d'Archimède, c'est qu'il ne fonctionne pas en prépas. Le résultat juste ne suffira souvent pas : il faut en fournir la preuve. Rien de plus dur pour un élève pour qui c'est apparu "évident" de vouloir démontrer une réponse qui lui est venue comme un flash.

    Les plus adapté feront leur possible pour partir des hypothèses d'une part, partir du résultat qui leur saute aux yeux d'autre part, pour essayer de faire la passerelle entre les deux. Pour une "évidence", quelle perte de temps !

  4. La créativité n'est pas très appréciée.
    Comme le dit Ken Robinson dans une conférence TED très regardée, "l'école tue la créativité". Les classes prépas en sont l'aboutissement.

    Souvent, une réponse "créative" n'est pas la réponse "attendue". Albert Jaquard en son temps disait déjà que les classes prépas et Polytechnique étaient des moules de conformisme. Il étudiait pour appuyer son propos la différence de prix Nobel entre ETH à Zurich et l'école Polytechnique à Paris. C'est en train d'évoluer avec leurs dispositifs de recherche très poussés qui font appel à des étudiants qui ne sont pas issus de leurs rangs mais des Ecoles Normales et des Universités françaises et étrangères...

  5. Pas facille pour un surdoué d'être "conforme".

    Pour éviter de tenir un propos trop "généralisant" et "à charge", je vais reparler de moi. Je suis incapable de me "conformer".

    Je n'arrive pas à faire des maths toute la journée quand on me le demande.
    Je n'arrive pas à faire des rendez-vous commerciaux toute la journée quand on me le demande.
    Je n'arrive pas à faire des rendez-vous de coaching ou de "conseil" emploi les uns après les autres quand on me le demande, même après avoir choisi ce nouveau métier en pensant y trouver une forme de "solution" la plus adaptée à ce que j'aime, ce qui me nourrit et là où j'excelle...

    Pour tout dire, je n'aime pas qu'on me dise ce que je dois faire.
    J'aime encore moins qu'on me dise comment je dois le faire.
    En fait, c'est plus simple que ça : je n'y arrive pas.

  6. Un mode d'emploi différent !!!

    Pendant plusieurs mois, j'ai conseillé à mes élèves le livre de Béatrice MILLETRE : "Petit guide à l'usage des gens intelligents qui ne se sentent pas très doués"

    C'est dans son livre que j'ai découvert les notions d'intuition et de créativité. Quand j'ai un problème à régler, je ne me mets pas à mon bureau pour chercher jusqu'à ce que je trouve : un esprit créatif et intuitif a besoin de connaître les enjeux, de collecter les informations, de laisser décanter - pour une durée indéterminée ! - jusqu'à obtention de la solution.

    Une solution qui apparait alors évidente - Eurêka - alors qu'elle n'existait pas dans notre esprit à la seconde qui précédait sa conception. 

Pour toutes ces raisons et surtout pour la destruction de la confiance en soi qui se met en place de manière insidieuse en prépas pour des élèves pourtant particulièrement doués, je vous invite à ne pas faire les classes prépas. 

Je sais en écrivant ces lignes que vous ne pourrez pas faire l'économie de l'expérience. 

HEUREUSEMENT !

Ne suivez aucuns conseils. 

Faites ce que vous voulez. 

Vous surmonterez les obstacles. 

Vous trouverez des solutions. 

Vous irez de toutes façons plus loin que vous ne l'avez jamais imaginé. 

Mais juste : ne restez pas dans la souffrance. Ne restez pas dans la culpabilité. Trouvez de l'aide si vous en avez besoin. Allez au cinéma vous changer les idées si ça vous fait du bien. 

Ne croyez pas ce qu'on vous dit : en ce qui vous concerne, ce n'est pas la quantité de travail qui compte mais si vous continuez à vous sentir bien dans votre peau, dans votre vie, dans votre travail. 

Gardez vos amis. Gardez les activités artistiques ou sportives qui vous sont les plus indispensables et qui ont permis votre réussite jusqu'ici. Travaillez de la seule manière que vous connaissez, de la seule manière qui vous réussit : la vôtre !!!

 And see you in 20 years !

Un surdoué qui s'ignore, et c'est tant mieux. 
Gabriel