mercredi 1 mars 2017

Vous n'avez pas assez d'une vie pour faire les classes prépas

Bonjour, 

Faire les classes prépas, c'est se lancer dans deux ans de compétition pour obtenir la meilleure école d'ingénieurs, la meilleure école de commerce ou pour réussir à intégrer une École Normale Supérieure, quelle que soit la matière que vous choisissez. 

Sauf que Pierre Rabhi rappelle dans sa dernière interview pour Soleil Levant que ce qui serait le plus important pour un changement positif de société, ce serait de ne pas éduquer les enfants puis les adolescents et jeunes adultes dans la compétition :

Interview de Pierre Rahbi pour soleil-levant.org - Décembre 2016


Quel que soit votre niveau, vous allez chercher à intégrer la prépa la plus prestigieuse qui voudra bien vous accueillir. Dans cette nouvelle classe, vous serez avec des élèves tout à fait excellents jusque-là.

Et à partir de là, vous allez devoir faire de votre mieux pour travailler le plus possible, le mieux possible, le plus efficacement possible. Et plus encore. Et parmi vous, il y aura, de toutes façons, un 1er - comme tous les élèves l'étaient l'année d'avant - et un dernier. Un dernier, ce qu'aucun élève n'a jamais vécu auparavant s'il est aujourd'hui en prépa.

Rien ne l'a préparé à cela.

Personne ne démarre les classes prépas en se disant "je vais prendre une prépa trop bien côtée pour mon niveau pour me retrouver en situation d'échec l'année prochaine".

Même les bons élèves de la classe peuvent "vivre comme un échec" les notes qu'ils reçoivent dès les premières semaines et qui ne correspondent plus à ce qu'ils avaient comme référentiel.

Personne n'est préparé à entendre à longueur de journée "Vous ne travaillez pas assez", "Il faudrait travailler plus." Quand ce n'est pas plus "direct"... "Vous êtes nuls" "Vous ne foutez rien" "Il est peut-être temps de s'y mettre mademoiselle"....

Pour se sentir bien dans votre vie, c'est mieux de vous entourer d'un cocon inspirant. D'un ensemble de gens, qui, comme vous, se sentent bien dans leur vie, se sentent bien dans leurs études, sont satisfaits de ce qu'ils font, se sentent eux-mêmes et inspirés par ce que leur est proposé.

Comment, quand on est en difficulté en prépa, ne pas se comparer ?

Comment, quand on travaille beaucoup et que les autres ont de meilleures notes, ne pas se mettre à se dire qu'on est peut-être pas assez intelligent ? Qu'on est peut-être finalement pas assez rapide. Pas assez organisé ? Pas assez méthodique ? Pas assez coaché ? Qu'on n'était peut-être pas "fait pour la prépa"?

J'ai envie de vous dire que la prépa "n'est faite pour personne". Dans ceux que j'ai vus qui y ont excellé et dont on pourrait penser qu'ils sont les grands gagnants du système, j'en ai trop vu qui ont pris le melon.

Ils ne sont pas forcément devenus imbus d'eux-mêmes, ce n'est pas ce que je suis en train d'écrire. Ce que j'ai observé c'est que la capacité à avoir 20 en prépa quand le deuxième élève de la classe a 12/20 et que c'est comme ça pendant toute une année, ça peut amener à se sentir "supérieur".

Et pour un élève qui en sort en se sentant "supérieur", il y a un peu trop d'élèves qui arrêtent - ou qui continuent - en se disant qu'ils ne sont pas "suffisant".

J'ai déjà mentionné dans ces lignes que notre professeure de français de PSI* à Lakanal y voyait une bénédiction. Le début de la sagesse : "Je sais que je ne sais pas".

C'est une chose d'accéder à la sagesse en découvrant que plus on apprend plus on se rend compte de l'étendue de ce que nous avons à apprendre. C'en est une autre de se sentir insuffisant.


J'ai intitulé cet article "Vous n'avez pas assez d'une vie pour faire les classes prépas" parce que ça prend trop de temps, ensuite, pour se reconstruire. Pour se rebrancher sur ce qui fait votre estime de vous et votre confiance en vous et en vos capacités.

Parce que nous n'avons plus le temps non plus, en tant que collectivité, que vous preniez 20 ans pour vous rebrancher sur vos talents, vos désirs, la réalité des choses... pour vous construire une vie inspirée et inspirante. et parfois pour reconnaître l'erreur que ça peut-être de faire une école de commerce...

J'ai fait HEC et je m'en excuse - Editions Stock


Bon, et si vous y êtes déjà, en prépa, je vous invite à vous brancher sur ce qui fait que vous y êtes bien. A vous brancher sur vos talents et vos points forts. A ne vous comparer à personne. A vous entourer de personnes inspirantes.

Chaque jour, vous pouvez vous féliciter de tout ce que vous faites déjà. Chaque jour, vous pouvez vous féliciter de tout ce que vous avez appris et du moindre progrès.

Vous pouvez remercier les DS, les colles, les enseignants : ils sont simplement les outils que vous avez choisis de mettre en place pour apprendre et vérifier l'avancement de votre apprentissage.

...

Pour rendre hommage aux prépas tout de même, certains élèves s'y sentent comme un poisson dans l'eau. Leur recette du succès, à mon avis :

Le choix d'une prépa adaptée à leur niveau
Du recul sur les objectifs, sur les remarques des profs, sur les notes
Du recul sur la pression, pour garder une vie "quasi normale". 

Explications : 

1) le premier de notre classe en sup qui a pris le melon "tellement il était bon" n'aurait peut-être pas fait long feu à Louis le Grand. Il a bien fait de choisir Orléans pour vivre cette sensation de succès incommensurable, au point de refuser Normale Sup en 3/2 pour Polytechnique l'année suivante. En queue de classe à Louis le Grand il aurait sûrement eu une autre expérience de la prépa et de la réussite.

2) un très bon copain de Télécom Bretagne a choisi de vivre la prépa "tranquille" à Jacques Decours à Paris. Au fond de la classe et à son rythme, il faisait ce qu'on lui demandait, sans plus. Pas d'émotion. Pas de stress sur les notes. N'écoute pas les remarques désagréables des profs. A fait 5/2 tout en douceur pour avoir une école qui lui convient.  Atout de son côté : avait développé le talent de ne pas écouter les remarques désagréables de son père qui lui en faisait tout le temps. Et qui jugeait indispensable de nous dire les années qui ont suivies "Télécom Bretagne, c'est quand même pas terrible". Ces propos lui appartiennent et comme le suggère Jacques SALOME, je les lui rends :-)

3) les élèves doués que j'ai vus rester doués - ou que j'aide lors de mes accompagnements à retrouver leur niveau - continuent à faire les activités qui sont indispensables à leur équilibre : dormir assez, faire du sport, voir des amis et leur famille, écouter ou jouer de la musique, aller au cinéma ou ailleurs, en fonction de leurs goûts et de ce qui va leur permettre de reconstituer leurs réserves d'énergie, de se sentir bien, de garder la motivation

Contre-exemple
Moi, pour tout dire, je ne suis pas dans les deux derniers points. Je suis sensible. Je suis émotif. J'ai écouté les remarques désagréables qui ne me concernaient pourtant pas - et d'ailleurs, là aussi, je leur rends, à tous, leurs remarques désagréables. J'avais envie de réussir malgré les difficultés alors je me suis mis la pression. Souvent, je n'ai pas assez dormi (d'ailleurs même l'année de 5/2 qui s'est bien passée, je ne dormais pourtant pas assez), je n'ai fait des pauses ou des sorties ciné que dans une culpabilité qui prenait bientôt toute la place...

En faisant tout mon possible pour obtenir la PSI* en deuxième année, je me suis mis dans la galère concernant le point 1 : je me suis retrouvé dans une classe dont le niveau ne me convenait pas.

Résilience
Alors ouf, j'ai pu faire preuve de résilience et en 5/2, j'ai trouvé ce cocon de gens inspirés et inspirants pour réussir.

Des profs passionnants. Des élèves qui s'entraident. Un internat de solidarité. Et puis entre-temps, je crois que j'avais aussi lâché sur la pression. Au quotidien, je faisais simplement de mon mieux pour avancer. Pour apprendre. Quand je faisais une pause, c'était pour passer des maths à l'anglais ou pour aller courir dans le Parc de Sceaux quand la pression était quand même trop forte.

Et puis je parlais des gens inspirants, il y a les rencontres incroyables. Les étudiants venus d’Équateur pour faire Normale Sup. En toute simplicité. Et qui passent le concours. Sont admissibles. Sont admis. et font Normale Sup. En toute simplicité.

C'est inspirant. C'est gratifiant d'être leur ami. C'est passionnant de les écouter. De suivre ensuite leurs recherches... à l'école Polytechnique. Toujours en toute simplicité.


La résilience, c'est pouvoir penser que toutes les difficultés que vous vivez aujourd'hui, vous allez les surmonter, vous allez y trouver des solutions - ou pas - et finir par en faire des atouts dans votre cursus, dans votre métier, dans votre vie.
Pour finir, éviter si vous pouvez l'impatience et les peurs. Prenez votre temps, faites ce que vous avez à faire, ne vous inquiétez pas pour les DS, les colles et les concours au loin. Faites simplement, au jour le jour, ce qui a du sens pour vous, ce qui vous semble important.
Apprenez comme vous seul pouvez le faire.
Mémorisez comme vous seul pouvez le faire.
Progressez, pour vous seul.
Entourez-vous de gens sympa auxquels vous ne vous comparez pas, mais qui vous inspirent.
Soyez content et faites preuve de gratitude pour tout ce qui se passe bien pour vous.

Et puis si les classes prépas n'ont rien à voir avec ce que vous voudriez vraiment vivre, alors faites autre chose. Si vous mettez toute cette énergie que vous dépensez en prépa au service de votre véritable projet, vous décrocherez les étoiles.

Si vous aviez 14h par jour, 7 jours par semaine, pendant 2 ou 3 ans à consacrer à un projet qui vous tient vraiment à cœur, vous feriez quoi ?

Moi, je sais que je les ai passé à réfléchir et à écrire sur ce qui peut vous aider. Je sais que ce soir, j'ose écrire que pour certains d'entre-vous qui se posent seulement la question pour l'année prochaine, d'autres options, plus favorables, plus adaptées, plus inspirantes peuvent s'offrir à vous.

Jusque-là, je n'osais peut-être pas le faire. J'avais peut-être peur de ce que vous pourriez penser. Aujourd'hui, je n'ai pas peur. Ceux pour qui les classes prépas se passent bien n'ont pas de raison de lire ces lignes. Ceux pour qui les classes prépas posent question, ma "réponse", mon analyse s'affine au fil des semaines.

Plus je me réconcilie avec l'idée d'avoir fait les classes prépas, plus j'accepte l'idée qu'elles m'ont permis de devenir qui je suis, plus je me sens libre de vous suggérer de faire autre chose si vous en avez la possibilité.

Alors les parents comme les élèves peuvent se dire que la compétition des classes prépas a le mérite de préparer à la compétition sur le marché du travail et au sein des entreprises. C'est vrai. Mais on peut aussi ouvrir les yeux et voir, quand on les ouvre, le nombre de jeunes diplômés et jeunes salariés qui refusent les règles de l'entreprise. Qui ne souhaitent plus passer leur journée à attendre la prochaine promotion en s'ennuyant jusqu'au "bore out" ou en supportant des "petits chefs" merdiques jusqu'au "burn out"...

Et dès qu'on sort de chez soi, on en croise... Le bore out dans le Monde

et des pros qui quittent le "job de leur rêve" chez Apple...
http://www.huffingtonpost.fr/jordan-price/pourquoi-jai-quitte-mon-job-chez-apple_b_4780968.html

Ce qui est certain, c'est que sa vie professionnelle, aujourd'hui, on peut la construire. Même dans les grandes écoles, l'entrepreneuriat prend désormais toute la place pour des jeunes qui veulent donner un sens à leur travail

http://www.lenouveleconomiste.fr/un-tsunami-entrepreneurial-secoue-les-campus-des-grandes-ecoles-33966/
  

 ou à leur vie





Bonne route !

Gabriel


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