vendredi 18 août 2017

Ce qui compte c'est votre apprentissage (pas leur enseignement)



Bonjour, 

J'ai mis des années à comprendre pourquoi c'était plus pertinent pour les élèves de 5/2 ou de "cube" de chercher des exercices ou des sujets au fond de la classe que d'écouter le cours. 

Les penseurs des pédagogies alternatives le soulignent : "on ne peut rien enseigner, c'est à l'élève d'apprendre". 

Cf. Les apprentissages autonomes, John Holt, Éditions l'Instant Présent 2014


Il est donc plus pertinent de privilégier les situations d'apprentissage par soi-même toutes les fois où ce sera possible, et en particulier quand on a déjà vu le cours ou qu'on peut être autonome sur le sujet proposé.

Je le comprends seulement maintenant parce que pendant toutes ces années, l'enseignement du professeur et le respect du professeur lui-même étaient "sacrés". J'en ai d'ailleurs beaucoup souffert ensuite en école d'ingénieur où je me sentais obligé d'aller à des amphi de 4 heures souvent sans intérêt (pour moi, en tout cas)...

Notre apprentissage


Je comprends mieux pourquoi ces journées entières passées à écouter un prof ne fonctionnent que si nous mettons notre apprentissage en marche. Pour certains, ce sera une attention toute particulière à ce qui est dit parce que leur mémoire privilégiée est la mémoire auditive. Dans ce cas, la contrainte de copier le cours à toute vitesse peut les empêcher d'apprendre. 

En ce qui me concerne, j'avais surement de la chance dans mon malheur, parce que j'ai le sentiment que je retiens bien quand j'écris. Association de la mémoire visuelle et de la mémoire kinesthésique.

Cependant, il faut pouvoir "suivre". Il faut comprendre ce qui est dit. Comprendre ce qui est recopié. De nombreuses fois, j'ai cherché des solutions pour des élèves qui s'étaient mis à recopier sans comprendre. Parfois même sans écouter les explications proposées avec l'écrit du tableau à cause du rythme imposé. De nombreux élèves se contentent en effet de recopier ce qui est écrit "avec trois tableaux de retard" en espérant pouvoir le revoir plus tard. 

J'ai vécu ça en maths en spé. Que de temps perdu à copier un cours que je n'ai jamais relu ! Chaque jour ajoutait au débordement de cours trop long pour que je puisse en faire quoi que ce soit !

Des réponses aux questions que nous ne nous posons pas


Le problème des classes prépas - et ça, je le ressens depuis des années - c'est que l'on m'y a proposé des réponses aux questions que je ne me suis jamais posées. Pour moi, c'est la naissance même de l'échec scolaire !

Ce ressenti est conforté par le chapitre Apprentissage non sollicité du livre de John Holt cité ci-dessus, dont je reprends seulement quelques lignes :

Non seulement la leçon non sollicitée ne conduit pas à un apprentissage, mais - et ça a été difficile pour moi à comprendre - pour l'essentiel un tel enseignement empêche l'apprentissage.
(...)
Le (...) message que communique un enseignement non sollicité à celui qui le reçoit, c'est : " Ce que je vous enseigne est si difficile que, si je ne vous l'enseigne pas, vous ne serez pas capable de l'apprendre."

J'ai pu d'autant mieux faire la différence que je me posais effectivement beaucoup de questions. Tous les éléments qui me permettaient d'y répondre ou simplement de mieux y réfléchir devenaient passionnants pour moi :

J'ai été passionné par les films du ciné-club et les débats qui suivaient par la prof de philo. J'ai été passionné par les cours de philo et les dissertations qui nous étaient proposées et sur lesquelles je passait des week-ends entiers en terminale. 

Même le cours de lettres du mercredi après-midi en prévision d'une prépa à venir semblait ouvrir sur un monde inexploré et intéressant. Le prof y sacralisait Proust et La recherche du temps perdu en nous disant que sa lecture changerait notre vie. 

Ce n'était pas évident parce qu'en première, j'étais un élève plutôt moyen en français et en tout cas très peu intéressé. Deux ans plus tôt, en troisième, j'étais passionné de maths et je m'étais fixé d'avoir 40/40 en maths, ce que j'ai réussi. En français et histoire-géo, les sujets me semblaient bien peu intéressants et je me suis contenté d'avoir les notes que j'avais sans y voir ni défi ni intérêt...

Pendant des journées entières, les profs de maths et physique - et particulièrement SI ! - ont répondu à des questions qu'ils ne prenaient d'ailleurs pas la peine de formuler et que je ne me suis jamais posées... 

Qu'est-ce que j'ai souffert de devoir les écouter et de même essayer d'apprendre ce qui ne m'intéressait pas... en vue d'un improbable classement à un concours d'entrée en école d'ingénieur... !



Coup de cœur en physique



Souvenir tout de même de deux phénomènes qui m'ont intéressé en troisième année où le prof de physique de Lakanal nous proposait tout de même un peu plus d'interprétations concrètes de nos apprentissages : la couleur bleue du ciel (si je me souviens bien, par la diffraction du bleu par les micro-gouttes d'eau) et la couleur orangée du soleil à l'horizon (à peu près pour la même raison, sur une traversée de l'atmosphère beaucoup plus grande à l'horizon qu'au zénith où le soleil apparait bien plus blanc).

Pour le reste, j'étais bien plus intéressé par les sujets de français : en première année, l'instant présent avec Camus, le présent du passé, présent du présent et présent du futur avec Bergson... en troisième année, la bienheureuse ignorance...


Une apologie de la découverte de notre ignorance


Aux yeux de notre enseignante de français en Spé PSI* à Lakanal, la découverte de notre ignorance en prépa était une bénédiction, telle la sagesse de Socrate "Je sais que je ne sais pas". 

Sur le principe, je suis tout à fait d'accord avec elle, mais pas dans sa concrétisation en classes prépas.
Mon avis sur cette question, c'est que 
  • ceux qui souffrent en prépa souffrent souvent "beaucoup trop fort" et bien plus qu'il n'est nécessaire pour prendre conscience "qu'ils ne savent pas". Ils finissent parfois par se dire qu'ils sont nuls.
  • Ceux qui, au contraire, réussissent "très bien" se sentent d'autant plus supérieurs à l'issue des classes prépas que la compétition s'est faite en leur faveur. A aucun moment ils n'ont fait cette découverte de la "bienheureuse ignorance" que souhaite pour eux notre enseignante.


Ayant vécu dans des conditions atroces en 3/2 une remise en question totale, je ne pouvais me ranger de son côté. Cette "découverte" n'en a pas été une pour moi : je me suis toujours posé beaucoup de questions et j'ai toujours su "que je ne savais pas". J'avais par contre perdu complètement confiance en moi en étant soumis à un système qui ne me concernait pas personnellement mais que je vivais avec toute l'émotivité et la sensibilité que j'ai découverte depuis comme le propre de certains élèves doués. 
 
Bientôt 20 ans plus tard, je ne me sens toujours pas "doué". Je me sens d'ailleurs parfaitement inadapté au monde du salariat et de l'entreprise, mais j'ai mis plus de dix ans de tentatives infructueuses pour me rendre à cette évidence... toujours si peu "évidente" pour moi dans mon envie d'intégration dans un tissu social où le salariat est rassurant pour tout le monde, et donc pour moi en particulier sur une envie de "normalité". 

Le problème n'est pas d'avoir des mauvaises notes ou d'entendre toute la journée "Vous ne travaillez pas assez". Le problème c'est de le croire, de travailler le plus possible, de finir par obtenir une classe étoile au bord de l'épuisement et de s'auto-achever en intégrant cette fameuse classe étoile pour ne plus être en mesure de suivre autrement qu'en étant dans les 10 derniers.

Mathématiquement, j'étais dans les dix derniers puisque j'étais dans les dix derniers intégrés dans la classe. Mais je ne l'ai compris que bien plus tard, au hasard de ma réflexion sur les classes prépas et sur tous les outils qui peuvent aider les suivant à les vivre le mieux possible. 

En classe PSI * au Lycée Pothier en 1998 : 12 redoublants puis les élèves les mieux classés de 5 classes (après ceux qui avaient choisi MP* dans les trois classes de MPSI, après ceux qui avaient choisi PC* dans les deux classes de PCSI). La filière PSI semblait encore "jeune" dans sa création quelques années plus tôt, donc à niveau équivalent en maths, on avait moins de concurrence sur les concours des écoles prestigieuses puisque les meilleurs élèves continuaient de choisir MP* et PC* avec des enseignants mieux établis et parfois plus de places aux concours.

Parmi les derniers rentrés de la MPSI 2, j'étais donc statistiquement dans les 10 derniers de la classe. Le problème n'est pas tant d'être entré parmi les derniers et d'avoir les résultats cohérents avec cette situation, mais le fait que les notes associées vont de 3,5 à 6,5 sur 20, la moyenne de classe étant à 8 ou 8,5...

J'ai envie de rajouter "5/2" compris. Parce que l'année suivante, j'ai bénéficié de l'effet de cet amalgame entre des élèves qui font le programme pour la première fois et ceux qui recommencent. 

Quel sens ça peut avoir d'évaluer ensemble deux catégories d'élèves qui n'ont rien à voir ?
Ce n'est même pas pertinent puisque les points de "bonus" dans les concours importants feront la distinction entre les élèves qui passent le concours pour la première fois et les autres...

A mon avis, et je le découvre en écrivant ces lignes, c'est un bon moyen de finir d'enfoncer ceux qui n'auraient pas besoin de ça pour voir déjà leur confiance en eux mise à mal...

Ça m'évoque ce choix de certains enseignants de lettres de "noter comme au concours". Ce qui les amène à faire démarrer les notes de leurs élèves en début d'hypokhagne à 4, 5 ou 6... en espérant que leurs notes monteront au cours des 18 mois qui suivront. Pour ceux qui auront résisté à la pression et à ces notes parfois désespérantes au regard de la quantité de travail fourni. 

Un travail "qui ne paie pas" 


Je crois que nous sommes là au cœur du sujet. Jusque-là, dans le système scolaire, un élève qui a une mauvaise note est un élève "qui n'a pas travaillé". En tout cas, c'est ce qui est imaginé dans ce système où tous les élèves seraient égaux devant la connaissance et le travail scolaire...

Les nombreuses difficultés et les échecs de nombreux élèves bien avant montrent évidemment le contraire...

En tout cas, pour la plupart des élèves qui sont arrivés en prépas, leur travail (ou absence de travail, d'ailleurs, quand on écoute les parents qui pensent peut-être à un apprentissage "magique" et pour qui, en tout cas, 35 heures de cours par semaine "ne comptent pas comme du travail"... ) était récompensé par des bonnes notes. 

Arrivés dans la prépa la plus prestigieuse qu'ils pouvaient obtenir avec leur dossier scolaire, ils se retrouvent tous avec des niveaux équivalents et la possibilité d'être tout à coup dernier et ce, de manière complétement inattendue puisque personne ne va à Louis le Grand en envisageant de "minorer" le DS de maths. 

Tous sont promis à de - très - grandes écoles, au minimum Centrale Paris, avant de se confronter à "la réalité(???)" des classes prépas. Une réalité pourtant toute relative puisqu'à niveau égal et quantité de travail égale, ils auraient des résultats très différents d'une prépa à l'autre. 

La compétition et le stress


A aucun moment il n'a été établi que la compétition et le stress favorisent les apprentissages. Au mieux, ça favorise la compétition et le stress. Certes, beaucoup d'élèves vont au-delà de ce qu'ils auraient appris dans un autre contexte. 

Qu'en reste-t-il un an après ?
Qu'en reste-t-il cinq an après ?

J'ai eu beaucoup de peine de constater que même l'école d'ingénieur qui suit immédiatement après les classes prépas - et le concours d'admission ! - ne tient aucun compte des apprentissages en classes prépas. 

Les enseignements ne sont rattachés à rien de ce qui était proposé (imposé ?) en prépas. De la même manière que le prof de maths de sup se fait un plaisir d'expliquer en début d'année que les 12 ans - douze ans !!! - de maths fait précédemment ne comptent pas : "Ce ne sont pas vraiment des maths..."

Quel manque de respect pour les élèves. 
Quel manque de respect pour leurs collègues enseignants en primaire, collège et lycée. 
C'est l'assurance de proposer ensuite des maths "hors sol", dans une abstraction totale et en ne permettant qu'à trop peu d'élèves de rattacher les notions proposées aux connaissances déjà acquises. 

C'est ce qui incite ensuite certains élèves de prépas à chercher ensuite à apprendre les maths "par cœur". Comme si les maths pouvaient s'apprendre comme une poésie. 

"J'ai cherché à COMPRENDRE les maths"


J'ai accompagné longuement un élève sur l'année scolaire 2016 / 2017. Beaucoup plus satisfait de ses méthodes de travail, de son organisation et de son efficacité, ses notes ne changeaient pourtant pas beaucoup en maths. 

Normalement, après quelques séances de coaching pour se réapproprier leur manière à eux d'apprendre, les élèves que j'accompagne mettent fin au coaching parce qu'ils ont retrouvé confiance en eux et en leurs capacités à apprendre et à comprendre... et que ça se voit dans leurs notes de colles puis de DS. 

Lors de cet accompagnement, au-delà de l'énergie et de la motivation retrouvées grâce à une meilleure satisfaction dans le travail au quotidien, il restait quelque chose à débloquer. Nous sommes allés jusqu'à réfléchir à l'utilisation excessive du brouillon, qui fait peut être perdre trop de temps, en particulier si des éléments de réflexion n'arrivent jamais sur la copie parce qu'ils n'ont pas permis d'aboutir... La copie reste presque vide alors que de nombreuses recherches ont été effectuées et c'est dommage...

Un jour, il a trouvé la solution : lors d'un échange avec un élève qui avait d'abord eu des difficultés et dont les résultats étaient bien montés, il a compris qu'il était temps d'arrêter de "faire de son mieux pour en faire le plus possible".

IL ÉTAIT TEMPS DE SE METTRE A COMPRENDRE

Ainsi, au bout de trois mois de "recherches" sur ce qui allait pouvoir l'aider à progresser, il s'est mis à "prendre le temps" de comprendre. J'avais bien été sensibilisé par notre prof de sup à l'idée qu'au-delà de l'apprentissage du cours - indispensable - il fallait chercher les exercices...

Là, c'était encore d'un autre ordre. Comme une évidence à redécouvrir. Le cœur de cet article finalement. 

La seule chose qui compte, c'est votre appropriation du sujet. 
La seule chose qui compte, c'est le moment où vous comprenez de quoi il s'agit.
Le moment où vous comprenez la démonstration. 

Mais vous en avez trop à faire. Vous en avez trop à apprendre. 

Alors vous cherchez des raccourcis. 
Vous essayez l'apprentissage par cœur. 
Vous essayez de bachoter des exercices déjà corrigés par le prof. 

C'est indispensable, mais ça n'est pas suffisant. 

Pour progresser, pour simplement "faire des maths", il vous faut : 

Apprendre le cours
Comprendre les liens entre les éléments
Comprendre la démarche de la démonstration
Chercher et comprendre l'exercice.

Le temps "perdu" dans ces démarches est gagné pour les colles, les DS et le concours. 

De toutes façons, il faut vous rendre compte que la mémoire à court terme n'est qu'une forme d'illusion dans la préparation d'un concours. On en revient à ce que j'écrivais dès l'ouverture de ce blog : le conseil des enseignants de Ginette de ne pour ainsi dire pas réviser les colles et les DS. 

Des colles et des DS à votre service


Souvent dans les accompagnements à la gestion du stress, je vous invite à voir les enseignants, les colles et les DS comme des aides et des outils dans votre préparation du concours. Ainsi, la note de colle ou de DS n'est plus "dramatique", elle est simplement un indicateur de "là où vous en êtes, sur ce sujet, à ce moment-là".

Quand vous vous êtes boosté la veille par un bachotage intense, ça peut vous donner une bonne note pour assurer votre passage dans l'année supérieure... ça ne vous garantit pas de vous souvenir de la notion lors de l'oral du concours un an ou dix-huit mois plus tard...

Enfin, je n'ai rien contre l'apprentissage la veille. Le DS peut alors agir comme une source de motivation externe efficace !

A mes yeux, une chose est sûre, à chaque fois que vous "perdez du temps" pour comprendre une notion de cours ou chercher vraiment exercice, c'est du temps que vous gagnerez au DS

Sinon, les seules fois où vous vous retrouvez à chercher vraiment un exercice sans avoir la correction sous les yeux ou à l'arrière du bouquin, c'est pendant le DS, et là, ça va vous prendre beaucoup trop de temps ou déclencher beaucoup trop de stress !

Et vous, vous en pensez quoi ?
N'hésitez pas à réagir dans les commentaires ou sur la page Facebook

Bon été et bonne rentrée, 

Gabriel 


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